Travailler le dimanche, tous perdants ! (1/2)

Le 19 mai prochain, nous voterons sur une pléthore de sujets. Ce qui est dommageable pour notre démocratie car tous les objets ne seront pas abordés avec la même profondeur. Il y en a pourtant un qui me semble plus important qu’il n’y parait, c’est la loi modifiant la loi sur les heures d’ouverture des magasins (LHOM) (Sauvons les emplois du commerce genevois) (I 1 05 – 12372), du 21 septembre 2018.

Ce blog sera écrit en deux parties. Ce premier article se veut plus sociologique que celui qui paraitra demain, axé plus sur l’économie.

Chez les catholiques (et les chrétiens du monde entier), le dimanche est le jour du Seigneur. Dans la Bible, il est écrit : « Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu'il avait faite: et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu'il avait faite ». En plus d’être un jour de repos pour le corps, il est aussi le jour du repos spirituel, de l’élévation de l’âme que les chrétiens sanctifient en assistant à la messe dominicale. Dans toutes les sociétés depuis l’antiquité, il y a un jour de rupture dans la semaine de travail.

Malgré le changement de société que nous observons (ou subissons) depuis quelques dizaines d’années, le dimanche reste un jour spécial pour tous occidentaux, chrétiens ou non. Car même si tous ne vont pas (ou plus) à la messe, c’est une journée privilégiée pour tisser et renforcer les liens familiaux et amicaux. La famille est le socle de toutes sociétés saines qu’il faut à tout prix maintenir car c’est dans cette première cellule que se construit le citoyen de demain et les moments favorisés deviennent de plus en plus rare. Le dimanche est un jour où enfants ET parents se retrouvent, parce qu’ils ont tous congé en même temps, une pause hebdomadaire dans la frénésie de notre temps.

Selon Jean-Yves Boulin, sociologue, « le dimanche est le jour qui impacte le plus la vie familiale et sociale. A la différence du samedi, où chacun fait souvent davantage d’activités de son côté. » En effet, ceux travaillant le dimanche perdent 3h30 d’activité familiale par semaine !

Un parent rattrapant en semaine sa journée de congé du dimanche n’aura pas les mêmes avantages et loisirs avec son enfant. Ce sont les classes les plus pauvres qui auront à subir les désagréments lié à cette ouverture du dimanche. En effet, les familles monoparentales, les femmes, les chômeurs, ne seront pas en position de force pour refuser de travailler le dimanche.

Dimanche et familles vont de pair et sont d’une absolue nécessité pour l’harmonie de notre société en perte de repères. Préservons nos acquis sociaux et nos libertés. Avons-nous réellement besoin de courir les magasins tous les jours de la semaine ? 

family-1266188_640.jpg

Commentaires

  • Bien dit ! La famille est la chose la plus importante pour tous ... L'argent ne doit pas la casser ou diriger notre société. Qui a lancé cette initiative ?

  • Chère Sylvie, oui la famille est si importante! Je ne sais pas de qui celui vient exactement mais de la droite et du patronat malheureusement….

  • Les genevois continuerons à aller faire leurs achats le dimanche matin en France, soit dans les grands surfaces, dans les petits commerces et sur les marchés! Les commerces genevois/suisses qui ont près de 55% de frontaliers, ne donnent pas le meilleur exemple de solidarité avec les chômeurs domiciliés en Suisse! Ils veulent le beurre et l'argent du beurre, qu'ils ne se plaignent pas après du tourisme d'achats, ils en sont aussi responsables! Un chômeurs regarde à quelques dizaines de francs près, alors il va en France! La mise en service du Céva et du tram va être désastreuse pour le commerce genevois!

  • Cher Dominique,
    Je vous invite à lire mon prochain article sur le sujet, que je publierai demain matin qui va dans le sens de votre commentaire ;)

  • Je ne manquerais pas de le lire chère Madame!

  • Le dimanche est aussi connu par les sociologues américains comme étant, selon leur expression, le "jour le plus discriminant" de la semaine.

    C'est une manière pervertie de dire qu'il s'agit du jour où l'on retrouve les siens. Souvent la sociologie aborde les questions de façon juste mais avec des considérations mauvaises induites par le marxisme culturel. Les siens, la famille, mais aussi les familles qui y sont reliées, et donc sa communauté - avec ses discriminants sociaux et ethniques; de telle sorte qu'on voit ainsi les églises américaines regrouper, par exemple, la communauté catholique d'origine irlandaise, ou les évangéliques noirs issus des courants de Luther King, etc. C'est un constat: chaque groupe peut, grâce à ce jour ainsi composé, se composer, se recomposer, faire le point.

    Supprimer ce facteur de regroupement identitaire, et donc de battement du coeur des communautés dans leurs diversité, cela revient alors à remettre en cause les communautés hors du dénominateur discriminant ultime désiré par la société postmoderne, qui est la consommation. On constate alors une reconfiguration des paramètres formant les groupes autour, uniquement, des goûts de consommation, éventuellement des communautés de pratique, mais aussi des entreprises, tout en supprimant un élément supplémentaire de la notion chrétienne du sacré. En effet, on ne justifierait plus dans ce cas un jour de congé par un motif sacré (incluant ainsi la communauté dans ce cadre), mais selon des motifs liés au divertissement, au congé au sens syndical, etc. Tout ce faisant donc, cela désagrège l'anthropologie, la logique humaine de la société, entendue au sens chrétien.

    Cette idée du Marché comme nouvelle forme de culte - ou comme retour des formes de cultes du paganisme romain - a été explorée dans cet ouvrage: https://www.payot.ch/Detail/des_marches_et_des_dieux-foucart_stephane-9782246861010?fp=1

    Il va de soi qu'il ne faut pas perdre le dimanche si on souhaite préserver un certain sens dans nos semaines, et garder une certaine notion du temps... car sinon, ce serait comme une absence de rythme qui, du coup, fait perdre la notion de progrès du temps. Un peu comme une ville qui ne s'éteint jamais, et tourne en continu, ce qui provoque une sorte d'accélération et de perte de contrôle de son espace-temps. C'est probablement bon pour créer des stratégies de compensation comme la surconsommation, mais, humainement, c'est évidemment abrutissant. Une "société liquide" en flux continu !

Les commentaires sont fermés.